Voici le guide qui vous fera économiser le plus d’argent, et il s’agit surtout de ralentir.
L’achat à l’aveugle, c’est-à-dire acheter un flacon complet de quelque chose que vous n’avez jamais senti, est l’habitude la plus coûteuse de ce passe-temps. Notre guide sur ce que vous payez concrètement explique que 80 à 90 % du prix couvre autre chose que le liquide. Notre guide sur le fonctionnement réel de l’odorat explique que votre nez peut différer de celui de n’importe quel critique au niveau génétique. Mettez tout ça ensemble, et un achat à l’aveugle est un gros pari placé sur les récepteurs de quelqu’un d’autre.
Le papier et la peau ne servent pas à la même chose
Le papier, c’est-à-dire une bandelette ou un buvard, appelé mouillette dans le métier, sert à trier. Il vous dit ce qu’est un parfum, à peu près sa famille, et si ça vaut la peine d’y passer plus de temps. Vous pouvez en passer une douzaine sur papier.
Le papier ne vous dit pas à quoi ressemblera le parfum une fois porté. Il n’a ni température, ni huile, ni humidité, et les matières s’en évaporent différemment.
La peau, c’est pour décider. C’est le seul test qui répond à la vraie question, soit ce que ça sent sur vous, dans votre vie, sur une journée entière.
L’ordre est le suivant : le papier pour présélectionner, la peau pour choisir, et ne sautez jamais la deuxième étape pour quoi que ce soit sur quoi vous êtes sur le point de dépenser un montant important.
Pourquoi les dix premières minutes mentent
Notre guide sur les notes, les accords et la pyramide a couvert le mécanisme. Tout ce qui est dans le flacon commence à s’évaporer en même temps, à des rythmes différents, donc l’ouverture est dominée par les matières les plus légères et les plus rapides.
Ces matières sont aussi la partie la moins chère de la composition, et celle conçue pour vous vendre le flacon en magasin. L’éclat vif d’agrumes fait un travail commercial.
Ce que vous porterez concrètement, et ce que les autres sentiront sur vous la majeure partie de la journée, c’est la partie qui arrive après une heure et qui reste pendant six.
Donc la règle est simple, et presque personne ne la suit : ne décidez pas en magasin. Portez-le jusque chez vous, portez-le pendant une journée de travail, et sentez-le le soir.
Nous avons vu des gens acheter un parfum pour une ouverture qu’ils vivront pendant quatre minutes par jour, pour ensuite le détester pendant les sept autres heures.
Deux parfums rendent ça concret. Kouros s’ouvre tranchant et citronné, puis devient tout autre chose en dedans d’une heure, et les gens qui le jugent à la deuxième minute ne le connaissent pas encore. Baccarat Rouge 540 fait presque l’inverse : l’ouverture en est la partie la plus forte et la plus reconnaissable, et ce avec quoi vous vivrez concrètement est plus discret que sa réputation le laisse croire.
La fatigue olfactive, et le mythe des grains de café
Votre nez cesse de percevoir une odeur à laquelle il est exposé en continu. C’est l’adaptation olfactive, et c’est normal, pas un défaut.
Chaque comptoir de parfumerie dans le monde garde un pot de grains de café pour régler ça.
Ça ne fonctionne pas. Il y a peu d’appui scientifique à l’idée que le café réinitialise l’odorat, et des études comparant les grains de café, les tranches de citron et l’air ordinaire n’ont trouvé aucune différence entre eux pour soulager la fatigue olfactive. Le café est une odeur forte. Ajouter une odeur forte à un nez fatigué ne fait qu’ajouter un intrant de plus par-dessus le premier.
Ce qui aide concrètement, c’est de sentir quelque chose de neutre et de familier. Les parfumeurs sentent leur propre peau, habituellement le pli du coude, parce que ça donne au système une base de référence sans rien d’envahissant.
L’air frais et quelques minutes sans rien sentir fonctionnent aussi. Le temps est le vrai remède.
Combien de temps prend la réinitialisation
La littérature scientifique est plus précise que le personnel des comptoirs, et les chiffres changent la façon de planifier une séance.
L’adaptation n’est pas une seule chose. Les chercheurs en distinguent au moins trois, sur des horloges différentes. L’adaptation à court terme suit une exposition brève et se résorbe en moins d’environ trente secondes. La désensibilisation demande une odeur plus longue et s’installe en une à quatre secondes. L’adaptation à long terme vient d’une exposition soutenue ou d’impulsions répétées, et dépasse vingt-cinq secondes.
Le chiffre qui compte pour une sortie magasinage est celui du haut de l’échelle. Après une exposition prolongée à une odeur concentrée, le rétablissement prend de dizaines de secondes à plusieurs minutes, voire plus. Et l’étude sur des sujets humains a trouvé la chose évidente que personne ne fait : une pause plus longue faisait paraître plus fort le parfum suivant, peu importe lequel.
Voici ce que ça donne en pratique. Trente secondes entre deux mouillettes de choses ordinaires suffisent à peu près. Cinq minutes après quelque chose d’imposant n’est pas exagéré. Angel et Kouros retiendront chacun votre nez en otage plus longtemps que vous ne le pensez, et tout ce que vous sentez dans les quatre minutes qui suivent est jugé par un équipement qui ne fonctionne pas.
Personne ne reste planté cinq minutes à ne rien faire dans un grand magasin. C’est ça, plus que n’importe quel manque de goût, qui explique pourquoi les décisions prises en magasin sont mauvaises.
La technique de la mouillette, que presque tout le monde rate
De petites choses, et elles font toute la différence entre bien trier et trier du bruit.
Vaporisez la pointe, pas le milieu, et tenez la bandelette par le bout large pour que vos doigts ne touchent jamais la partie mouillée.
Une ou deux vaporisations. Pas quatre. Plus n’en dit pas plus, ça sature le papier et aplatit la structure.
Attendez dix à quinze secondes avant de sentir une première fois, pour que l’alcool s’évapore. Si vous sentez immédiatement, vous sentez de l’éthanol avec un parfum derrière.
Une bandelette neuve par parfum, étiquetée au crayon au bout large, écrite avant de vaporiser. Écrite après, vous en étiquetterez une par erreur, et vous ne saurez jamais laquelle.
Des reniflements courts, puis éloignez la bandelette. Tenir une bandelette sous votre nez et inspirer fort, c’est exactement comment déclencher l’adaptation que vous venez de passer cinq minutes à dissiper.
Gardez les bandelettes. Une mouillette de ce matin est un enregistrement utilisable du fond de cet après-midi : c’est la seule partie de la pratique professionnelle qui ne coûte rien à reproduire.
Combien pouvez-vous évaluer en une seule séance ?
Moins que vous le voudriez. Notre réponse de travail est trois ou quatre sur papier, un ou deux sur la peau, et après ça, vous devinez.
La raison est cumulative : l’adaptation émousse votre réaction, et les parfums sur la peau commencent à se mélanger entre eux. Et votre jugement dérive, parce que la quatrième chose que vous sentez est comparée à un nez qui n’est plus neutre.
Une visite en grand magasin où vous sentez quinze parfums produit une seule opinion fiable : celle du premier que vous avez senti.
À quoi ressemble concrètement une évaluation professionnelle
L’industrie évalue sur des bandelettes, appelées mouillettes, et la version instrumentale de la même question est la chromatographie en phase gazeuse de l’espace de tête, qui échantillonne l’air au-dessus d’un parfum à intervalles fixes, généralement à 2, 6 et 24 heures.
Des intervalles fixes, pas un reniflement continu. Vous n’êtes pas censé vérifier constamment. Vous êtes censé vérifier à des moments précis et laisser faire entre les deux, parce que l’adaptation ruine l’échantillonnage continu.
Étiquetez tout. Un professionnel ne fait pas confiance à sa mémoire au-delà de quatre mouillettes, et vous ne devriez pas non plus.
Séparez l’échantillon de vous-même. L’instrument échantillonne l’air au-dessus du parfum. Vous devriez sentir une bandelette ou une manche, pas le poignet qui a été sous votre nez tout l’après-midi.
Le piège du grand magasin
L’air est saturé. Vous êtes entré à travers un nuage de tout ce qu’il y a sur le plancher, et votre point de référence a déjà disparu.
On vous remet des cartes vaporisées en piles. Rendu à la cinquième carte, vous comparez des mélanges.
Le personnel travaille à commission ou selon des objectifs de marque. Certains sont excellents. L’incitatif pointe quand même vers une vente aujourd’hui plutôt que vers le bon flacon.
Il n’y a pas d’axe temporel. Vous ne pouvez pas vivre la quatrième heure dans un magasin, et c’est la quatrième heure que vous achetez.
Les testeurs sont vieux et endommagés par la chaleur. Un testeur assis sous des lumières chaudes depuis huit mois, à moitié plein, est en train de s’oxyder. Notre guide sur la conservation et l’entretien explique ce que ça fait. Le testeur peut ne pas sentir comme le flacon que vous ramenez chez vous.
Utilisez le comptoir pour ce à quoi il sert bien : découvrir qu’une chose existe, et faire un premier tri. Ensuite, prenez un échantillon et partez.
Un protocole qui fonctionne
- Triez sur papier. Trois ou quatre candidats, pas plus. Étiquetez les bandelettes, parce que vous ne vous en souviendrez pas.
- Passez la présélection à la peau, un sur chaque avant-bras, et arrêtez-vous à deux.
- Quittez le bâtiment. Rien des six prochaines heures ne devrait se passer en magasin.
- Vérifiez à trente minutes, deux heures, et quatre à six heures. Écrivez une ligne chaque fois, selon le journal proposé dans notre guide pour entraîner son odorat.
- Portez-le une deuxième journée avant de décider, dans un temps différent si possible.
- Demandez à une autre personne ce qu’elle sent. Vous y êtes adapté, elle ne l’est pas. C’est l’étape que les gens sautent, et c’est ce qui se rapproche le plus d’une donnée objective que vous obtiendrez.
- Ensuite, achetez.
Ça a l’air laborieux une fois écrit. En pratique, c’est un échantillon, une semaine, et une décision que vous ne regretterez pas.
Quand enfreindre les règles
Un flacon que vous avez déjà porté, d’une maison dont vous connaissez et appréciez la constance : achetez-le.
Quelque chose d’assez abordable pour que se tromper n’ait pas d’importance. Notre guide des matières propose beaucoup d’excellentes options à moins de 50 $, et notre guide-cadeaux en chiffre plusieurs : Arpège et Rochas Femme tournent tous les deux autour de 40 $ chez les détaillants canadiens. À ce prix, le protocole de test ci-dessus est optionnel.
Une discontinuation ou un changement de licence, selon notre guide sur les licences et la propriété. Si un parfum que vous aimez déjà est en train de disparaître, le calcul change.
L’argument en faveur des échantillons
Nous en vendons, alors pesez cet argument en conséquence. Un décant de 2ml vous donne environ huit à dix ports complets. C’est suffisant pour voir un parfum sous différents temps, sur différentes journées, et pour découvrir si vous vous en lassez : c’est le mode d’échec que personne ne teste, et celui qui tue la plupart des flacons complets.
Face à un flacon qui coûte plusieurs centaines de dollars, un échantillon qui n’en coûte qu’une fraction, et qui évite un mauvais achat, permet de se payer bien d’autres échantillons.
Ceci fait partie de Nose to Bottle, notre manuel complet du parfum. À lire dans l’ordre ici.