Les douanes américaines (U.S. Customs and Border Protection) ont saisi 475 056 flacons de parfum portant des marques de commerce contrefaites à l’approche d’une Saint-Valentin, dans une prise évaluée à environ 31 millions de dollars. Il s’agissait d’une seule opération de saisie, à une seule frontière, en une seule saison, ce qui révèle un problème répandu dans toute l’industrie.
Pourquoi une contrefaçon est pire qu’un gaspillage d’argent
Une contrefaçon n’est pas une version bon marché d’un parfum. C’est un liquide non réglementé, fabriqué par des gens qui n’ont aucune obligation de sécurité, et vous le mettez sur votre peau.
Parmi les substances documentées dans les parfums contrefaits, on trouve le méthanol, qui peut causer des brûlures chimiques par contact cutané et un empoisonnement systémique, ainsi que des phtalates, dont le DEHP, classé par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis comme cancérogène probable pour l’humain.
Vous verrez aussi des affirmations selon lesquelles les contrefaçons contiennent de l’urine ou de l’antigel. Elles circulent constamment, elles sont reprises par des médias qui ne les sourcent pas, et nous choisissons de ne pas les reprendre ici. Le méthanol et les phtalates suffisent amplement comme argument, sans elles.
Notre guide sur les raisons pour lesquelles les parfums changent explique que l’industrie légitime est encadrée par plus de 260 normes de l’IFRA et une liste croissante d’allergènes à déclarer imposée par l’UE. Un contrefacteur n’est encadré par rien de tout cela.
Les codes de lot, et ce qu’ils peuvent (et ne peuvent pas) vous dire
Chaque parfum légitime porte un code de lot, habituellement gravé au laser sous le flacon ou au bas de son dos, et imprimé à l’encre ou embossé sur la boîte.
Les codes correspondent-ils ? Le code sur le flacon et celui sur la boîte devraient être identiques. Une différence, ou l’absence de code, est en soi un signal d’alarme.
La date est-elle plausible ? Entrez le code dans un vérificateur de lot. CheckFresh, CheckCosmetic et CheckBeauty sont les plus utilisés. Le résultat doit être chronologiquement possible : une date de fabrication antérieure de plusieurs années au lancement du parfum ne l’est pas.
Le code a-t-il l’air correct ? Chaque marque utilise son propre format. Les vrais codes sont nets, propres et difficiles à gratter. Les faux sont souvent flous, croches, imprimés sur un autocollant, ou s’effacent sous l’ongle.
Voici maintenant la limite, et elle est sérieuse. Un code de lot vous dit seulement s’il correspond au système de la marque. Il ne vous dit pas ce qu’il y a dans le flacon. Les contrefacteurs copient de vrais numéros de lot pris sur de vrais flacons. Un code qui se vérifie est nécessaire, mais pas suffisant.
Notez aussi que plusieurs maisons de niche et maisons du Moyen-Orient n’apparaissent tout simplement pas dans ces bases de données, donc un résultat vide ne prouve rien.
Les autres signaux
Le verre. Les vrais flacons utilisent du bon verre : pas de bulles, pas de coutures rugueuses, une base lourde et uniforme. Un moulage bon marché est l’une des choses les plus difficiles à imiter économiquement.
L’impression. Nette, bien alignée, avec les bonnes polices. Regardez le petit texte au dos de la boîte, c’est là que les contrefacteurs relâchent leurs efforts.
La vaporisation. Une brume fine et régulière ; les contrefaçons crachent souvent ou coulent en filet.
L’odeur dans le temps. C’est le test le plus fiable, et le plus lent. Notre guide sur les notes et la pyramide olfactive explique qu’un parfum est un dégradé de matières qui s’évaporent à des vitesses différentes. Une contrefaçon est généralement construite à partir d’une poignée de matières bon marché : elle sent à peu près juste pendant dix minutes, puis s’aplatit et le reste.
Le prix. Notre guide sur le vrai prix d’un parfum détaille les marges, donc un rabais important n’est pas la preuve d’une contrefaçon. Mais un parfum tout neuf, en production, très demandé, à prix cassé chez un vendeur dont vous n’avez jamais entendu parler, n’est pas une aubaine que quelqu’un a dénichée pour vous.
Le manque d’application canadien
Le Canada encadre ceci moins efficacement que les États-Unis ou l’Union européenne, et la raison est structurelle, pas un manque de volonté.
C’est la GRC, et non l’ASFC, qui a la responsabilité de saisir les marchandises contrefaites, et une porte-parole de l’ASFC a affirmé que les chiffres de sa propre frontière ne reflètent donc pas clairement ce qui est intercepté. La GRC, de son côté, a affirmé que ses décomptes de saisies sont indisponibles dans ses bases de données.
Alors personne ne peut vous dire l’ampleur du problème de la contrefaçon de parfum au Canada, parce que le pays ne produit pas ce chiffre.
Il y a un second obstacle. Le Canada exige que les propriétaires de marque intentent une poursuite même dans les saisies non contestées, ce qui coûte assez cher pour que plusieurs ne s’en donnent tout simplement pas la peine.
L’application qui a lieu est réelle : la GRC a saisi des dizaines de millions de dollars de marchandises contrefaites dans la région de Toronto, incluant des cosmétiques et des produits de beauté, et a averti publiquement que le maquillage, le parfum et le shampooing contrefaits peuvent mettre les gens en danger.
Ce que ça signifie pour vous, en tant qu’acheteur canadien. Comparé aux chiffres de saisies américains cités plus haut dans ce guide, vous ne pouvez pas présumer que la frontière a filtré quoi que ce soit. Notre guide sur l’achat de parfum au Canada s’applique ici avec encore plus de force : achetez chez des détaillants autorisés ou des escompteurs canadiens établis, et traitez les places de marché ouvertes comme le risque qu’elles représentent, parce que le filet de sécurité que la plupart des gens imaginent n’existe pas.
Où se trouve le risque, concrètement
Détaillants autorisés : essentiellement aucun risque. Escompteurs établis et vendeurs du marché gris : faible risque de contrefaçon, risque réel de stock ancien et de conditions d’entreposage inconnues. Notre guide sur le Canada explique pourquoi le marché gris existe légitimement.
Les places de marché ouvertes, c’est-à-dire les grandes plateformes où n’importe qui peut vendre : c’est là que se trouvent les contrefaçons. L’annonce elle-même peut être légitime, les photos sont habituellement celles d’un vrai flacon, et la protection offerte par la plateforme vaut moins qu’elle n’en a l’air. Vendeurs sur les réseaux sociaux : le risque le plus élevé de tous, aucun recours possible.
Ce qu’il faut exiger d’un vendeur de décants
- Un flacon source identifié. Quel parfum, quelle concentration, et s’il provient d’un flacon de détail ou d’un testeur. Découvrez comment fonctionne le décantage si vous voulez la mécanique derrière cette réponse.
- Une réponse directe sur le lot. Certains flacons sources portent un code qu’un décanteur peut vous lire, d’autres non. Ce qui vous est dû, c’est une réponse directe dans les deux cas, pas une esquive.
- Un remplissage précis. Vous pouvez vérifier 2 ml à l’aide d’une seringue.
- Un étiquetage clair. Le nom de la maison d’origine utilisé pour identifier ce qui a été décanté, sans laisser entendre que cette maison y est associée.
- Une réponse franche sur ce qu’ils ont senti eux-mêmes, et ce qu’ils n’ont pas senti.
Un décanteur incapable de répondre à cette liste est soit négligent, soit en train de cacher quelque chose, et dans les deux cas, ça devrait lui coûter votre argent.
Sur les dupes
Une dupe est un parfum fabriqué par une maison pour sentir comme un parfum fabriqué par une autre. Il est vendu sous son propre nom, dans son propre flacon, par une entreprise qui ne prétend pas être l’original. La plupart viennent de producteurs du Moyen-Orient, et les meilleures dupes sont de la parfumerie compétente, à une fraction du prix des créateurs.
La distinction avec une contrefaçon n’est pas un détail technique, et c’est ce que la plupart des gens comprennent mal. Une contrefaçon ment sur ce qu’elle est. Elle porte le nom, le logo et l’emballage de la marque originale, et son modèle d’affaires tient entièrement au fait que vous croyez acheter l’original. Une dupe porte son propre nom et vous demande de l’acheter selon ses propres termes, en sachant ce qu’elle évoque. L’une est une fraude. L’autre, de la concurrence.
Le droit des marques de commerce protège un nom et un logo. Il ne protège généralement pas une odeur. C’est pourquoi le marché des dupes existe au grand jour, et pourquoi les maisons qui n’aiment pas ça peuvent rarement y faire grand-chose.
Sur la question de savoir si elles sont bonnes : certaines le sont, beaucoup ne le sont pas. Les bonnes dupes captent l’idée reconnaissable de l’original, habituellement sa partie la plus marquante, et la tiennent pendant un bon moment. Ce qu’elles ne captent généralement pas, c’est la qualité des matières en dessous : les naturels coûteux couverts dans notre guide sur les matières, la transparence que donnent des matières comme l’Hedione, la façon dont un original se résout sur six heures plutôt que de se répéter. Sentie côte à côte à l’ouverture, une bonne dupe peut être saisissante. À l’heure quatre, l’écart est habituellement évident.
Le marché est aussi rempli de jus mince, sucré et éphémère, dans des flacons lourds, vendu sur une comparaison qu’il ne mérite pas.
Nous ne vous dirons pas qu’une dupe est identique à l’original, parce que ce n’est pas le cas, et aucune reformulation de cette phrase ne la rend vraie. Et nous ne laisserons pas entendre qu’une maison originale est impliquée dans un parfum inspiré de son travail, qu’elle l’endosse, ou qu’elle y a le moindre lien.
Les comparaisons de dupes précises deviennent périmées en quelques mois à mesure que sortent de nouvelles références, alors nous les gardons hors d’une page faite pour durer des années, et les mettons à jour séparément à mesure que de nouvelles références sortent. Elles restent gratuites dans un cas comme dans l’autre.
La procédure d’authentification
Faites ceci dans l’ordre pour tout article coûteux acheté chez un vendeur que vous ne connaissez pas. Ça prend environ cinq minutes, et ça vous arrête avant d’avoir dépensé votre argent, pas après.
- Les codes correspondent-ils ? Le flacon et la boîte devraient porter le même code de lot. Différence ou code manquant, arrêtez ici.
- Date plausible ? Passez-le dans CheckFresh, CheckCosmetic ou CheckBeauty. Une date de fabrication antérieure à l’existence du parfum met fin à la discussion. Un résultat vide ne veut rien dire pour les maisons de niche et du Moyen-Orient.
- Le code est-il physiquement correct ? Gravé au laser, net, difficile à gratter. Pas un autocollant, pas flou, pas amovible sous l’ongle.
- Le verre et l’impression. Bulles, coutures, petit texte mal aligné ou dans la mauvaise police au dos de la boîte, c’est là que les contrefacteurs relâchent leurs efforts.
- Le motif de vaporisation. Une brume fine et régulière, pas un crachotement ni un filet.
- Puis le seul test qui tranche : portez-le pendant quatre heures. Une contrefaçon construite à partir d’une poignée de matières bon marché sent à peu près juste pendant dix minutes, puis s’aplatit et le reste. Notre guide sur les notes et la pyramide explique pourquoi une vraie composition ne peut pas faire ça.
Si les étapes 1 à 5 passent et que l’étape 6 échoue, croyez l’étape 6. Un code qui se vérifie prouve le code, pas le liquide.
En bref
Vérifiez le code de lot, et sachez qu’il prouve moins que ce que vous voudriez. Achetez chez des détaillants autorisés ou des escompteurs établis. Traitez les places de marché ouvertes comme le risque qu’elles représentent, et au Canada plus qu’ailleurs. Jugez un parfum à l’heure quatre, pas à la minute une.
Et si une offre semble impossible, notre guide sur les coûts vous a déjà expliqué ce que sont les marges. Il y a de la place, dans le prix d’un parfum, pour un vrai rabais. Il n’y en a pas pour un miracle.
Ceci fait partie de Nose to Bottle, notre manuel complet du parfum. À lire dans l’ordre ici.